Présentation

Samedi 8 décembre 2007
De l’autre côté
De Fatih Akin


Fatih Akin, le jeune réalisateur allemand d’origine turque, invite le spectateur à d’incessants va-et-vient entre ses deux pays 



    Allemagne, Turquie. Deux nations dont les cultures s’entremêlent et tentent de se comprendre.
    Brême : Yeter et Ali, immigrés turcs, vivent tant bien que mal loin de leurs racines. Yeter, prostituée, a perdu de vue sa fille de 27 ans. Ali, père d’un fils peu bavard, est veuf et terriblement seul. Il propose alors à Yeter de venir vivre avec lui en échange d’un salaire. Elle accepte et rencontre son fils, Nejat. Au cours d’une dispute, Ali tue accidentellement sa nouvelle compagne. Alors que son père est emprisonné, Nejat décide de partir à la recherche de la fille de Yeter, Ayten. Il placarde dans Istanbul des photos de la mère, en espérant que la fille les voit.
    Dans le même temps Ayten, militante du PKK en Turquie, est recherchée par la police et s’enfuit en Allemagne. Elle cherche vainement sa mère, qu’elle croit vendeuse de chaussures. Et fait la connaissance de Charlotte, étudiante allemande.
    Dans ce film, cent récits s’entrecroisent. Les personnes se cherchent sans se connaître, et se croisent sans se voir. Pourtant, Fatih Akin déroule habilement le fil de son histoire, laissant le spectateur comprendre peu à peu les liens qui unissent les personnages entre eux. Une habileté récompensée par le prix du scénario du festival de Cannes 2007.
    Le réalisateur glisse d’une histoire à l’autre sans lourdeur, en maniant l’ellipse. Les images suggèrent plus qu’elles ne montrent. Quand Ali frappe Yeter, elle s’effondre par terre. Un cercueil sort d’un avion, emmenant le corps de Yeter en Turquie. Charlotte, tombée amoureuse d’Ayten, la rejoint en Turquie alors que celle-ci est emprisonnée. Un enfant pointe un pistolet sur elle et tire. Un cercueil monte dans un avion, Charlotte est enterrée en Allemagne.

Morts annoncées


    Pour son cinquième long métrage, le réalisateur de Head on ne recherche pas le suspense. Les deux intertitres, « la mort de Yeter » puis « la mort de Lotte », sont clairs. On sait d’avance qu’il va falloir souffrir. Les personnes auxquels on commençait à s’attacher vont disparaître. Malgré ces morts annoncées, le film n’est jamais larmoyant. A la douleur de la mort s’opposent la douceur et le calme des gens, de Nejat en particulier.
    Sans donner de leçon, Fatih Akin évoque la culpabilité, le deuil et le pardon. Le pardon du fils à son père qui lui a tant donné, le pardon de la mère à celle qui a indirectement précipité la mort de sa fille.
    De l’autre côté montre les différents visages des deux pays. Terre d’immigration, l’Allemagne n’est pas un paradis : prostitution, solitude, expulsions.  Terre rêvée des vieux immigrés, la Turquie a elle aussi deux visages : les paysages magnifiques où semble régner la douceur de vivre s’opposent à la violence et à la répression des opposants. A travers ces voyages, le film aborde des questions politiques : l’adhésion de la Turquie à l’Union Européenne, les droits de l’homme, le droit d’asile. Il ne s’agit pourtant pas d’un manifeste. Fatih Akin se contente de poser des questions. Pas de réponses toutes faites pour ces personnages qui errent à la recherche du bonheur.

Film germano-turc, sorti le 14 novembre 2007.
Avec Baki Davrak, Tuncel Kurtiz, Patrycia Ziolkowska. (2 heures.)
Par Armelle - Publié dans : A voir, à lire, à faire...
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