Goncourt, Fémina, Médicis... : le rituel du mois de novembre. Loin des grands prix littéraires, portrait d'une femme qui se bat pour publier les livres qu'elle aime
Le cadre est luxueux : bibliothèques en bois, fauteuils confortables,
beaux livres… Valérie Millet a installé les locaux de sa jeune maison
d'édition dans une librairie du 6e arrondissement.
Dès que son téléphone lui accorde un répit, la directrice des Editions
du Sonneur apparaît. Elle n'a pas le profil de l'entrepreneur :
petite, blonde, la voix douce. Lancer une maison d'édition quand il en
existe déjà des centaines, c'est un pari.
Pari réussi : elle a publié son premier texte en mai 2005. La maison
d'édition a aujourd'hui huit ouvrages en catalogue. Alors que chaque
rentrée littéraire inonde les libraires de nouvelles parutions, cette
éditrice se contente de quelques livres par an. Le temps de les faire
vivre.
Pantalon et sous-pull noirs, veste kaki, Valérie Millet est une femme
moderne et énergique. Née à Tahiti, avant de vivre à San Francisco et
à Singapour, elle est arrivée à Paris à 17 ans. Elle en a
aujourd'hui 37. Son parcours est classique : études de
lettres modernes et d'anglais à la faculté de Nanterre. Elle a débuté
dans l'édition par trois ans chez Gallimard. Après un détour par une
petite maison d'édition, elle s'est lancée en indépendante. « J'ai
toujours eu envie de monter ma propre maison, raconte t'elle. Le
déclic s'est produit quand j'ai reçu le premier roman de Marie-Noël
Rio, Pour Lili. Elle voulait savoir ce que j'en pensais. Je l'ai lu
deux fois dans la nuit, puis je l'ai rappelé pour savoir si elle
voulait bien que je le publie. »
« Un regard sur le monde »L'éditrice a pris le parti d'éditer aussi bien des textes d'auteurs
anciens (Maupassant, Pierre Loti…) que d'auteurs contemporains
(Jean-Marie Dallet). Ce qui les rassemble ? « L'écriture, le style,
c'est très important. Et puis je n'aime pas tellement l'autofiction.
Je préfère quand les auteurs ont un regard sur le monde, plutôt que
sur eux-mêmes. »
Les prix littéraires les plus prestigieux étant réservés aux grands
éditeurs, comment se faire connaître quand on débute ? « C'est surtout
vers les libraires que je travaille. Ils sont des acteurs
fondamentaux. » Malgré un succès grandissant, « deux livres ont déjà
été réimprimés », les quatre personnes employées ne touchent pas
encore de salaire. « On va essayer de commencer à se payer l'année
prochaine. En attendant, je continue de travailler en indépendante
pour des maisons comme Hachette ou Gallimard. Ma vie est bien pleine,
avoue t'elle sans se départir de son sourire. Mais j'adore ce que je
fais. » Quant aux enfants, ce sera pour plus tard. « Pour l'instant,
je n'ai pas le temps d'en avoir ! » Elle n'a même pas le temps de se
plonger dans le précédent prix Goncourt,
Les Bienveillantes, de
Jonathan Little.
La semaine prochaine, le catalogue passera de huit à dix titres. À
travers une réédition des Nouvelles asiatiques, d'Arthur Gobineau,
préfacée par Richard Labévière, de Radio France Internationale,
Valérie Millet a voulu « confronter le regard d'un auteur du XIXe
siècle avec celui d'un journaliste d'aujourd'hui, qui connaît bien
cette région. »
À défaut d'avoir du temps, Valérie Millet a de l'enthousiasme et des
projets à revendre. D'ailleurs, le programme éditorial de l'année
prochaine est déjà bouclé.
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