... penche toi un peu sur ton histoire. Il arrive cependant qu'elle vienne en personne se rappeler à toi, de façon anodine, un jour de semaine sur France 2 en première partie de soirée. C'est le rôle salutaire joué par
Harkis, téléfilm réalisé par Alain Tasma et écrit par Dalila Kerchouche, auteure de
Mon père, ce harki (Seuil, 2004) et Arnaud Malherbe. Soldats algériens engagés par l'armée française comme supplétifs pendant la guerre d'Algérie (1954-1962), les harkis (de l'arabe
harka, mouvement) avaient la nationalité française. Détail qui n'empêcha pas la glorieuse armée française, après les accords d'Evian (mars 1962) de les démobiliser et de les désarmer avant de se retirer sur la pointe des pieds. On estime le plus souvent entre 50 000 et 80 000 le nombre de harkis massacrés par des membres du FLN après la guerre. Entre 25 000 et 30 000 d'entre eux furent tout de même "accueillis" en France par l'armée, puis par le ministère des rapatriés, et parqués dans des camps dans le sud de la France. C'est là que se passe le film. Son but: continuer le combat mené par les enfants de harkis afin d'éclairer cette page de notre histoire. Il relate la vie d'une famille dans ces camps, avec tout ce que cela comportait de violences, de brimades, d'injustices. Interprété par Smaïn, tout à fait convaincant dans ce premier rôle tragique, Saïd Benamar tente de faire vivre sa famille, étranglé par la peur de se faire renvoyer en Algérie. Parce qu'il ose mettre en cause la façon dont la France les traite, son frère Ahmed est envoyé en"cure" dans un hopital psychatrique. Quand il en revient, c'est un légume. Et quitter le camp, cela signifie trouver un travail et un logement, en étant confronté en permanence à la haine et au mépris dans un pays inconnu. Leïla (Leïla Bekhti), sa fille aînée, refuse de se laisser faire. Comme nous, elle ne comprend pas pourquoi les harkis sont-ils traités comme des parias. Pourquoi devraient-ils être si reconnaissant à la France de les accueillir ainsi ("Je vous demande une seule chose, l'obéissance aveugle" dixit le chef du camp, interprété par Frédéric Pierrot), alors qu'ils se sont battus pour elle? Pourquoi sont-ils privés de liberté, exclus de la société, maintenu dans un état de dépendance, soumis au bon vouloir du chef de camp qui peut à tout moment décider de diviser leur ration de bois de chauffage ou leur salaire par deux?
Le soir de la diffusion du téléfilm, le cinéma de Trappes (78), en parternariat avec France 2, organisait une projection publique en présence de l'équipe du film. Dans la salle, pieds-noirs, enfants de harkis et français "de souche". A la fin du film, l'émotion était palpable. Smaïn, né en Algérie, évoque la fêlure des immigrants, la difficulté de se réapproprier son histoire. Pour Dalila Kerchouche, "on est tous victimes de la colonisation". Tous espèrent avoir participé au débat qui permettra une difficile mais nécéssaire réconciliation. Le film peut-il être diffusé dans les écoles? Oui, répond Nicole Collet, la productrice, "il suffit de nous demander le DVD". Tant mieux, mais il serait bien qu'il y ait une démarche pour leur proposer de le faire. Enfin, et c'est important, "je ne me sens pas fille de collabo", précise Melle Kerchouche.
Pour info:
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http://fr.wikipedia.org/wiki/Harkis (liste de liens à la fin de l'article)
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www.harkis.info (débats animés sur le forum)
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www.harkis.org
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