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  • : Bienvenue au milieu des feuilles mortes, petits papiers de toutes les couleurs qui jonchent le sol et craquent quand on marche dessus! Je m'essaie au "journalisme", toute critique est donc bonne à prendre...
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Vendredi 18 avril 2008

  

Il voulait jouer au costaud, mais devant l'oeil de la photographe, il redevient inévitablement un petit garçon fragile... Photo : Thierry Creux.



Vannes (56), festival Photo de mer. La photographe britannique a vécu 10 ans dans les Balkans et 4 ans à Istanbul. Elle en est revenue chargée de clichés.
« Ce petit garçon sur le canapé est un réfugié abkhaze, qui vit avec sa mère en Géorgie, dans un appartement ou personne ne voudrait vivre. Je ne voulais pas, en légende, parler de son statut de victime. Je voulais lui laisser la possibilité de rêver. » Les yeux en l'air, ce petit homme blessé par la vie devient un grand garçon songeur, grâce au regard de la photographe qui expose dès aujourd'hui à La Cohue à Vannes dans le cadre du festival Photo de mer.

Tout au long de son voyage autour de la mer noire, Vanessa Windship a ainsi capté des regards, des émotions... Ni grande fresque historique, ni voyeurisme. Pour ne pas violer l'intimité de ceux qu'elle attrapait dans son viseur, elle s'est constamment assurée de leur accord tacite. « J'ai besoin de savoir que je suis la bienvenue, que les gens acceptent ma présence. » La photographe a choisi cet horizon car, selon elle, « la mer est la seule vraie frontière. Les autres ne sont que des constructions artificielles de l'homme. »

« Entre chronique et fiction », Vanessa Windship raconte ses errances autour d'une mer « qui sépare et réunit à la fois » les peuples qui l'entourent. Elle a choisi le noir et blanc, car « je ne voulais pas montrer la vérité. Le monde n'est pas en noir et blanc. Ces photos témoignent d'un voyage très personnel. Ce sont mes souvenirs. Nous pourrions être n'importe où ! » Les légendes parlent de souvenirs, d'anecdotes. Elles ne précisent ni lieu, ni moment. « Nous sommes souvent hors du temps. Cette femme sur un quai de train, on dirait une autre époque ! » Sur les routes de Roumanie, de Turquie ou de Géorgie, on croise de nombreux regards mélancoliques. Il y a cette vendeuse de glaces, affublée d'un gros noeud sur la tête. « Elle est très belle, et très triste à la fois. J'ai pris cette photo car elle me rappelle la période où je vendais des glaces dans un cinéma ! »

Capter ces regards est pour beaucoup une question de chance. « Un jour, j'ai passé de longues heures sur la plage, à attendre. J'ai suivi un homme qui jouait de l'accordéon. Un groupe de gitanes l'a appelé pour qu'il vienne jouer vers elles, elles l'aguichaient. Lui était dans son monde, les yeux fermés. C'était un très beau moment. » L'imagination fait le reste. Que regardent ces deux enfants, sur un port, l'air ébahi ? « Dans mon esprit, ils regardent un gigantesque poisson préhistorique. En vrai, c'était un énorme bateau de croisière de luxe... »

De son voyage, la photographe a aussi ramené quelques objets, « d'inutiles morceaux de nostalgie ». Un jeu de cartes, des coquillages, des carnets... Des passeports ou cartes de séjour, également, où l'on voit une jeune femme se prêter en souriant au jeu du photographe photographié.

Pratique. « Mer noire », de Vanessa Windship, au musée de la Cohue, place Saint-Pierre à Vannes. Entrée libre, 7 jours sur 7, de 9 h à 19 h, jusqu'au 18 mai.
Le site de la photographe :
http://www.vanessawinship.com/
 


Publié dans l'édition Vannes du Ouest-France daté du 18 avril 2008, et sur le site Internet wwww.vannes.maville.com
par Armelle publié dans : Publié dans Ouest France, édition du Morbihan
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Mardi 15 avril 2008

Festival Photo de mer. A 85 ans, Marc Riboud est l'une des grandes figures invitées à Vannes. Il exposera des clichés inédits saisis sur le chantier du mythique paquebot France.


La proue d'un immense bateau se dresse. À son pied, de minuscules silhouettes. Ce sont ces hommes qui ont fait de ce bateau ce qu'il est devenu : le France, un navire long de plus de trois cents mètres, mis à l'eau en 1962. Débutée en 1957, sa construction se voulait le symbole de la puissance française. Un jeune photo-reporter l'a observé de près. Marc Riboud, devenu l'un des grands noms de la photo française aux côtés des Doisneau, Boubat, Ronis..., revient sur ses souvenirs de l'époque.

Dans quelles circonstances avez-vous réalisé ce reportage sur le France ?

« C'était en 1957. Robert Delpire, qui édite des livres de photos, avait eu l'idée de faire une suite d'ouvrages et d'expositions sur les grands travaux en France. Je suis donc allé sur le France dans ce but-là. Finalement, ce projet n'a pas abouti, je ne sais pas pourquoi, et les photos sont restées dans un tiroir.

Quels souvenirs gardez-vous de ce chantier ?

« Aujourd'hui, quand je revois ces photos, elles me surprennent. On y voit des ouvriers en sabots et en bérets, des échelles de bois... Ils étaient en train de construire le plus grand bateau du monde ! Mais à l'époque, tout ça ne m'avait pas surpris. J'étais occupé à découvrir.

« Je n'avais jamais vu un grand paquebot en construction. Je me souviens d'avoir été impressionné par les hommes. Ce sont eux qui donnent la dimension. On voyait des silhouettes minuscules au pied de cette immense carcasse. Ce qui m'a également frappé, c'est que sur ce chantier il n'y avait presque pas de lignes droites mais essentiellement des courbes.

Avez-vous choisi de photographier le bateau ou les hommes qui travaillaient dessus ?

« L'un avec l'autre. Parfois le bateau sans les hommes, d'autres fois les hommes sans le bateau. Ce n'est pas le sujet qui compte, c'est l'approche visuelle. Ce qu'on cherche, c'est une bonne photo, c'est-à-dire la géométrie. J'ai appris à faire de la photo en classe de géométrie au lycée. J'ai beaucoup aimé observer la construction du France, car il y avait pleins de nouvelles courbes, des formes étranges, des paraboles. S'il n'y a pas la forme, il n'y a pas de photo.

Le France va bientôt être démantelé, êtes-vous nostalgique de ce paquebot prestigieux ?

« Tout a une fin. On ne va pas le mettre dans un musée, il est beaucoup trop gros ! Ce qui est dommage, ce sont toutes ces histoires d'amiante... À chaque fois, on construit quelque chose, c'est la gloire, et après on ne sait plus quoi en faire.

Ces photos ont très peu été vues, pourquoi les exposer aujourd'hui ?

« J'expose mes photos quand on me les demande, ce n'est pas forcément moi qui décide ! Je suis bien content de pouvoir les montrer. Jusqu'à aujourd'hui, une seule de ces photos a été publiée. C'est la dernière d'un petit livre de la collection photo poche, qui rassemble mes meilleures photos.

Quels sont vos meilleurs souvenirs en tant que photographe ?

« Mes meilleurs souvenirs, ce sont les photos que je vais faire demain. J'espère faire mieux qu'hier.

« J'ai des tas de bons souvenirs, mais je les oublie. Je vis pour ce qui se passe demain. Si mon goût pour la vie diminue, mes photos palissent. Prendre des photos, c'est goûter la vie intensément chaque centième de seconde. Il faut avoir l'oeil, être concentré sur la vie autour de soi. Il faut être surpris par ce que l'on voit.

 

Propos recueillis par Armelle LOISEAU.


Le festival Photo de mer débute le vendredi 18
 avril jusqu'au 18 mai. Quinze expositions dans différents sites de la ville de Vannes. Entrée gratuite, de 9 h à 19 h. Tout le programme sur www.photodemer.fr


Publié dans les pages Morbihan du Ouest-France daté du 15 avril 2008.
Et disponible sur www.vannes.maville.com

Plus d'infos sur Marc Riboud ici.
par Armelle publié dans : A voir, à lire, à faire...
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Samedi 8 décembre 2007
De l’autre côté
De Fatih Akin


Fatih Akin, le jeune réalisateur allemand d’origine turque, invite le spectateur à d’incessants va-et-vient entre ses deux pays 



    Allemagne, Turquie. Deux nations dont les cultures s’entremêlent et tentent de se comprendre.
    Brême : Yeter et Ali, immigrés turcs, vivent tant bien que mal loin de leurs racines. Yeter, prostituée, a perdu de vue sa fille de 27 ans. Ali, père d’un fils peu bavard, est veuf et terriblement seul. Il propose alors à Yeter de venir vivre avec lui en échange d’un salaire. Elle accepte et rencontre son fils, Nejat. Au cours d’une dispute, Ali tue accidentellement sa nouvelle compagne. Alors que son père est emprisonné, Nejat décide de partir à la recherche de la fille de Yeter, Ayten. Il placarde dans Istanbul des photos de la mère, en espérant que la fille les voit.
    Dans le même temps Ayten, militante du PKK en Turquie, est recherchée par la police et s’enfuit en Allemagne. Elle cherche vainement sa mère, qu’elle croit vendeuse de chaussures. Et fait la connaissance de Charlotte, étudiante allemande.
    Dans ce film, cent récits s’entrecroisent. Les personnes se cherchent sans se connaître, et se croisent sans se voir. Pourtant, Fatih Akin déroule habilement le fil de son histoire, laissant le spectateur comprendre peu à peu les liens qui unissent les personnages entre eux. Une habileté récompensée par le prix du scénario du festival de Cannes 2007.
    Le réalisateur glisse d’une histoire à l’autre sans lourdeur, en maniant l’ellipse. Les images suggèrent plus qu’elles ne montrent. Quand Ali frappe Yeter, elle s’effondre par terre. Un cercueil sort d’un avion, emmenant le corps de Yeter en Turquie. Charlotte, tombée amoureuse d’Ayten, la rejoint en Turquie alors que celle-ci est emprisonnée. Un enfant pointe un pistolet sur elle et tire. Un cercueil monte dans un avion, Charlotte est enterrée en Allemagne.

Morts annoncées


    Pour son cinquième long métrage, le réalisateur de Head on ne recherche pas le suspense. Les deux intertitres, « la mort de Yeter » puis « la mort de Lotte », sont clairs. On sait d’avance qu’il va falloir souffrir. Les personnes auxquels on commençait à s’attacher vont disparaître. Malgré ces morts annoncées, le film n’est jamais larmoyant. A la douleur de la mort s’opposent la douceur et le calme des gens, de Nejat en particulier.
    Sans donner de leçon, Fatih Akin évoque la culpabilité, le deuil et le pardon. Le pardon du fils à son père qui lui a tant donné, le pardon de la mère à celle qui a indirectement précipité la mort de sa fille.
    De l’autre côté montre les différents visages des deux pays. Terre d’immigration, l’Allemagne n’est pas un paradis : prostitution, solitude, expulsions.  Terre rêvée des vieux immigrés, la Turquie a elle aussi deux visages : les paysages magnifiques où semble régner la douceur de vivre s’opposent à la violence et à la répression des opposants. A travers ces voyages, le film aborde des questions politiques : l’adhésion de la Turquie à l’Union Européenne, les droits de l’homme, le droit d’asile. Il ne s’agit pourtant pas d’un manifeste. Fatih Akin se contente de poser des questions. Pas de réponses toutes faites pour ces personnages qui errent à la recherche du bonheur.

Film germano-turc, sorti le 14 novembre 2007.
Avec Baki Davrak, Tuncel Kurtiz, Patrycia Ziolkowska. (2 heures.)
par Armelle publié dans : A voir, à lire, à faire...
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Vendredi 7 décembre 2007

Caroline Castelli est née conteuse. Presque par hasard, elle en a fait son métier


   
    Elle rugit, chuchote, éclate de rire. La dizaine d’enfants assis sur des coussins face à elle ne la quitte pas du regard. Au fond, les mamans sont tout autant captivées. Ce dimanche 17 novembre, l’Europe de l’Est est entrée sans frapper dans la bibliothèque Guillaume Apollinaire d’Aulnay-sous-Bois (en Seine-Saint-Denis). Entre deux histoires, la conteuse chante, suivie par son auditoire : « La terre est mon pays, je ne fais que passer, éternel voyageur. »
   
    Caroline Castelli est en résidence dans les bibliothèques d’Aulnay. Tous les samedis, elle y conte ses histoires du monde entier. Avant de quitter les enfants, elle leur demande d’écrire leurs propres histoires, et de les déposer à la bibliothèque. Le but, composer un recueil sur les habitants d’Aulnay, comme une toile sur laquelle seront tissées leurs histoires.
      
    Née il y a quarante ans en Seine-saint-Denis, « dans le 9-3 », cette femme au visage rond et aux cheveux déjà presque blancs se définit comme conteuse de banlieue. « J’aime le 93 parce que c’est un endroit multiethnique, multiculturel, multireligieux, explique-t-elle avec franc-parler. Dans ma rue, il y a le monde entier : des Indiens, des Maghrébins, des Africains, des Espagnols, des Français, et même des Arméniens. » Elle n’a quasiment jamais vécu hors du département, car nul part ailleurs elle retrouve un tel brassage des populations. Le traitement médiatique des banlieues la met en colère. Consciente des problèmes et de la violence, elle regrette que soient passés sous silence les aspects positifs, comme les échanges culturels.
 
Les yeux et les oreilles grands ouverts   

    Comment cette fille d’une mère au foyer et d’un menuisier de la banlieue nord est-elle devenue conteuse ? « Je suis née bavarde, raconte-t-elle. J’ai toujours aimé les histoires. Petite, ma grand-mère me racontait des contes en italien. » Pourtant, son chemin vers ce métier a été sinueux. Elle a quitté l’école à 18 ans, ne se sentant pas taillée pour les études. Elle a enchaîné les petits boulots, comme vendeuse ou ouvrière, avant de devenir animatrice. Une rencontre avec une conteuse l’a fait réaliser que le conte pouvait être un métier. Pourquoi pas le sien ? Sa décision prise, elle a quitté l’animation. Ses parents l’ont soutenu financièrement. Le bouche-à-oreille aidant, elle en vit aujourd’hui « très correctement ». Elle partage sa maison de Sevran (en Seine-saint-Denis) avec ses trois enfants : Jasmine, Abel et Manon, âgés respectivement de 16, 7 et 6 ans. « Ils sont tous les trois très forts pour raconter des histoires », raconte-t-elle mi-amusée, mi-blasée. Dans la cour devant la maison, tortues et lapins se mêlent aux jouets des enfants. A l’intérieur règne un joyeux désordre. Les enfants s’amusent. Se disputent. La mère souriante et complice hausse soudain la voix. Des larmes. Elle en ri. « C’est en imitant ces larmes que j’ai appris à bien pleurer quand je raconte mes histoires ».

      Où pêche-t-elle tous ces récits ? La recette est simple : garder les yeux et les oreilles grands ouverts. Son inspiration vient des vieux livres trouvés dans les brocantes ou à la Bibliothèque nationale de France, ou des gens qu’elle rencontre. Conteuse à temps plein, elle cherche en permanence à découvrir de nouvelles histoires.
   
    Caroline Castelli se dit aussi « conteuse militante ». « Les contes conservent la mémoire d’un peuple, explique-t-elle. Je suis allé à Saint-Pierre et Miquelon cet été. Ils ont beaucoup de contes, inconnus en France. Je voudrais faire un spectacle pour eux. » C’est avec ce même objectif qu’elle travaille depuis quinze ans sur un spectacle sur le rastafarisme, religion pratiquée notamment en Jamaïque. Sa méthode ? Etre à l’écoute des anciens, gardiens de la tradition. Les contes permettent aussi de faire tomber certains préjugés. Les tziganes, souvent méprisés ou craints, en tout cas méconnus, débarquent dans l’univers des enfants à côté des héros familiers. « Il y a des gitans à côté de chez moi », s’exclame un enfant au milieu d’une histoire. « Et bien maintenant que tu connais leurs histoires, tu pourras aller les voir», lui répond Caroline Castelli.
   
    Elle vient de relever le pari d’emmener en quelques instants une dizaine d’enfants sur les bords du lac Balaton, en Hongrie, en compagnie de Calo le tzigane. Elle rentre maintenant retrouver les siens, au volant de sa vieille Mercedes blanche. A l’arrière, entre les trois branches du sigle, sont écrits au feutre love, peace et justice.

Son site
par Armelle publié dans : Institut français de presse - travaux rendus
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Mardi 27 novembre 2007

    A deux pas des bars branchés du centre-ville de Dublin, un petit pub reste fidèle aux racines celtes de l'Irlande

    Identité ? The Celt. Signe distinctif ? Une atmosphère unique en plein coeur de la capitale irlandaise: concerts de musique traditionnelle tous les soirs, pintes de bière, simplicité et bonne humeur. Le tout dans un lieu si petit que l’on s’y sent immédiatement chez soi

            L’après-midi, il s’y dégage une chaleur reposante. The Celt est habillé de bois des tables au comptoir, et jusqu’aux bibliothèques où vieux livres et bocaux prennent la poussière. La caisse enregistreuse semble sortie d’un western des années 1930. Accrochée au mur, la déclaration d’indépendance du gouvernement provisoire de la République d’Irlande, lors de la révolution avortée de 1916.
            Quand vient le soir, l’ambiance n’est plus au tea time mais à la fête. A l'angle de Gardiner Street, la rue des auberges de jeunesse, The Celt est le premier endroit où débarquent les baroudeurs européens. Et souvent là où ils passent leur dernière nuit dublinoise...

            On retrouve au comptoir, au  coude à coude, vieux habitués et touristes fraîchement arrivés. Les uns, casquettes en tweed vissées sur le crâne, initient les seconds aux danses traditionnelles. Qu’ils soient irlandais ou non, les clients ont un point commun : un verre de Guinness à la main. Noire, amère et dense, la bière est une fierté nationale qui arrache quelques grimaces aux débutants.

           

« There’s whisky in the jar »

 

            Un groupe de trentenaires surexcitées débarque. Elles fêtent l’enterrement de vie de jeune fille de l’une d’elles, en décolletés plongeants, oreilles de lapin en fourrure ou chapeaux de cow-boy roses. A leurs côtés danse une vieille femme, le verre à la main. Elle a laissé dans un coin son mari en fauteuil roulant.

            Un groupe différent se produit chaque jour. Les musiciens s’installent autour d’une table pour entonner des airs irlandais : « What shall we do with the drunken sailor » ("Que faire du marin saoul?"), « There's whisky in the jar » ("Il y a du whisky dans la cruche")… Dans une cage accrochée au plafond, deux perruches supportent les décibels. Les spéculations sur leur degré de surdité vont bon train.

            Tous les samedis et dimanches soirs, Celtic Dream fait salle comble. La composition du groupe est variable : selon les semaines, guitare, violon, accordéon, bodhràn (sorte de tambourin) ou thin wisthle (petite flûte en métal)… Les musiciens passent, mais la chanteuse reste. Betty a les cheveux roux et cours, une forte carrure et la soixantaine dynamique. Son visage, ridé, est toujours rieur. Sa voix porte et donne des fourmis dans les jambes quand elle entonne un air gai. Quand elle se fait mélancolique, le silence s’impose de lui-même.

            « We'll sing song, a soldier's song. » C’est la dernière chanson de la soirée. Dès que les premières notes de l'hymne nationale résonnent, les irlandais se lèvent, rapidement suivis par le reste de la salle. La main sur le coeur, tous se tournent vers le drapeau irlandais suspendu au mur, et entonnent le chant patriotique. La scène surprend. Jusqu’à ce que l’on comprenne que, malgré les paroles guerrières, il n’y a pas d'agressivité dans ce patriotisme là.

The Celt, 81 Talbot Street, Dublin 1, Irlande

par Armelle publié dans : Institut français de presse - travaux rendus
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